
Comment la science relie le changement climatique à ses conséquences concrètes ?
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Quelle part de responsabilité le changement climatique d’origine anthropique a-t-il dans l’asséchement des rivières ou la surmortalité néonatale ? Une nouvelle étude de synthèse publiée en juin 2026 dans la revue Nature Reviews Earth & Environment fait état des avancées de la science en matière d’attribution des impacts du changement climatique d’origine anthropique, autrement dit cette discipline relativement neuve qui permet de relier les conséquences concrètes du changement climatique aux activés humaines responsables de ce changement. Aglaé Jézéquel, chercheuse en climatologie au Laboratoire de Météorologie Dynamique de l’Institut Pierre-Simon Laplace (LMD,IPSL) et membre du programme TRACCS figure parmi les co-auteur.ice.s de cet article.
Pour mieux faire face aux effets du changement climatique, il est indispensable de connaître son influence tant sur la nature que sur les populations. Un article de synthèse paru le 15 juin 2026 dans la revue Nature Reviews Earth & Environment intitulé « Approaches, challenges and applications of climate change impact attribution » passe en revue les diverses approches actuelles en matière d’attribution des impacts du changement climatique, un domaine de recherche relativement récent qui permet de relier le changement climatique à ses conséquences concrètes.
Le domaine scientifique de l’attribution s’efforce d’attribuer les événements extrêmes observés et les tendances de long terme au changement climatique, l’objectif étant de mesurer la part de responsabilité des activités humaines dans la survenue et l’intensité de ces événements et dans ces tendances. Si cette science s’est jusqu’à présent concentrée sur des variables (température, précipitations, etc.) et aléas météorologiques (canicules, précipitations intenses, sécheresses, etc.), elle s’étend désormais aux conséquences de ces changements et événements, autrement dit à leurs impacts.
Relier les conséquences concrètes du changement climatique à l’activité humaine
L’attribution des impacts est un domaine de recherche en pleine expansion qui permet d’identifier les facteurs à l’origine des tendances et événements observés et leurs conséquences sur les systèmes humains et les écosystèmes. Il s’agit donc d’aller plus loin que l’attribution aux forçages anthropiques (émissions de gaz à effet de serre, d’aérosols, changement d’usage des terres) des changements du système climatique – qui constitue encore un défi pour certains aléas tels que les précipitations intenses, les phénomènes orageux (tornades, vent violent, grêle, etc.), et de prendre en compte les dommages occasionnés sur les populations et les écosystèmes. L’article de Nature Reviews Earth & Environment s’appuie ainsi sur trois cas d’études d’attribution d’impacts, les surfaces brûlées, les sécheresses et la mortalité induite par la chaleur et montre quelle part de responsabilité est attribuable au changement climatique d’origine humaine dans la survenue de ces conséquences ou impacts, à côté d’autres facteurs d’influence d’origines humaines (occupation des sols, irrigation, comportement humain, comportement humain, etc.).
Ces dommages sont liés à la combinaison d’un aléa (événement météorologique), potentiellement amplifié par le changement climatique, mais aussi d’autres facteurs caractérisant l’exposition et la vulnérabilité des systèmes concernés. Ainsi, toutes les catastrophes liées à des phénomènes météorologiques intenses ne sont pas attribuables au changement climatique (soit parce que le changement climatique n’a pas d’influence dans ce cas précis, soit parce qu’on manque de données, soit parce que les méthodes scientifiques ne sont pas adaptées). En revanche, elles sont toujours liées à d’autres facteurs de fragilité socio-économique, d’impréparation ou d’absence de mécanisme d’alerte précoce permettant de prendre des mesures de protection.
Le climat, un facteur parmi d’autres influençant les systèmes naturels et humains
Cet article de synthèse souligne les défis de l’attribution des impacts, qui est en soi plus complexe que l’attribution climatique, car le climat n’est qu’un facteur non stationnaire parmi beaucoup d’autres susceptibles d’influencer les systèmes naturels et humains. Ces facteurs sont également plus difficiles à évaluer et à quantifier que ceux pris en compte dans l’attribution climatique. Par exemple, l’attribution des impacts considère des facteurs tels que le comportement humain, l’occupation des sols, l’emplacement des villes, l’irrigation, la densité de population, la résilience des infrastructures et la qualité des services médicaux et d’urgence qui peuvent tous avoir une influence au moins aussi importante sur les résultats que celle du climat.
L’attribution des impacts fait ainsi appel à des données et des méthodes diverses issues de la science du climat, mais également de l’économie, des sciences comportementales, de l’épidémiologie, de la biologie de la conservation et de la science des écosystèmes. Cela suppose également que les données et les observations utilisées soient disponibles et accessibles, ce qui est davantage le cas dans les pays du Nord global que dans les pays du Sud global.
L’attribution d’impacts permet donc d’aller plus loin que l’attribution traditionnelle, et donc de proposer un service climatique plus poussé et plus en lien avec les effets directs du changement climatique sur les populations. La contribution d’Aglaé Jézéquel dans ce travail s’aligne avec les objectifs des projets de recherche DIALOG et EXTENDING du programme TRACCS. Elle a coordonné avec Rosa Pietroiusti la section de l’article portant sur les applications de l’attribution d’impacts. La première est la sensibilisation aux impacts du changement climatique, en faisant un lien direct avec des événements vécus par les populations touchées. La seconde est de contribuer à éclairer scientifiquement le mécanisme de Pertes et Préjudices de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique. La troisième concerne la gestion du risque et l’adaptation et la quatrième porte sur le contentieux climatique, des études d’attribution ayant déjà servi à étayer des affaires juridiques liées au changement climatique.
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